2. Théâtre, peinture, cinéma
On pourrait rapprocher l'art d'Oliveira de celui d'Ozu. Art de la politesse, de la délicatesse ; chez les deux cinéastes, l'utilisation de la frontalité inspire une attitude de communion « entre toi et moi, entre le spectateur et l'œuvre d'art » (Paul Schrader). S'il existe ici un caractère transcendantal de l'œuvre, ce serait au sens kantien du concept : le temps se présente à l'état pur, l'image-temps – pour reprendre les catégories développées par Gilles Deleuze – succède à l'image-mouvement. Nous entrons bien dans un nouveau régime de l'image.
En 1986, Oliveira réalise Mon Cas à la maison de la culture du Havre, alors dirigée par Raul Ruiz : « Film jubilatoire consacré à l'un des sujets les plus universels qui soit : l'homme qui se plaint de son sort et qui trouve toujours son cas plus intéressant que les autres. » Dans ce film, le cinéaste approfondit sa réflexion sur le rapport entre le théâtre et le cinéma. Plus largement, il s'intéresse aux médias, à ce moyen de fixation audiovisuelle que sont les caméras de cinéma, de télévision, de vidéo : « Le secret du cinéma, c'est qu'il est un procédé de mémoire qui fixe, reste le fantôme de la vie. Mon Cas a un rapport avec l'histoire du cinéma. J'ai filmé un théâtre, une représentation. Je rends au passage un hommage au cinéma muet. » Par ailleurs, les références picturales sont nombreuses : la Cité idéale de la Galeria nazionale delle Marche, à Urbino, La Joconde et Guernica. « La ville idéale manifeste un désir profond de l'homme de trouver la solution. Mais il n'y en a pas, comme dans les amours frustrées. Dans Guernica, il n'y a pas d'ironie, mais chez Vinci il y en a trop : on ne peut pas atteindre la perfection » (Oliveira).
Avec Les Cannibales (1988), Oliveira adapte cette fois un conte d'Alvaro de Carvahal. Cet opéra dont la musique est signée João Paes a été tourné dans des décors extérieurs somptueux, à Sintra, dans la froideur néo-classique du palais d'Ajuda. Dominent l'humour noir, la s […]
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