L'œuvre de Manoel de Oliveira, né à Porto en 1908, se déploie sur près de quatre-vingts ans, avec de longues interruptions forcées. Est-ce à cause de son originalité ? elle n'a longtemps été connue et appréciée en France que d'un cercle restreint d'initiés.
La source majeure d'inspiration de Manoel de Oliveira demeure la littérature, et singulièrement l'œuvre et la vie du romancier portugais Camilo Castelo Branco. Cet attrait pour le romantisme qui revêt parfois les couleurs les plus noires, pour les passions fatales et les situations extrêmes, ne s'est jamais démenti. Nombreuses sont les adaptations d'œuvres qui témoignent toutes d'un respect scrupuleux du texte, à commencer par Amour de perdition, « le roman de passion amoureuse le plus intense et le plus profond qui ait été écrit dans la Péninsule » (Miguel de Unamuno). Pour autant, le comique n'est jamais absent. De même que chez Kafka ou chez Beckett, le tragique est traversé, dans l'œuvre de Manoel de Oliveira, par de grands éclats de rire libérateurs.
1. « Les Amours contrariées »
Au début de années 1930, Manoel de Oliveira fréquente les milieux littéraires de Porto regroupés autour de la revue Presença, animée par José Régio, son ami de toujours. « Oliveira représente une école à part, car c'est un homme de Porto, ville très dense, à l'esprit et à la matière très particuliers, et où les gens sont à la fois plus enracinés et plus solitaires » (Paulo Rocha).
En 1931, avec la complicité de son ami António Mendes, photographe à ses heures, Manoel de Oliveira fait ses débuts au cinéma – après une courte expérience d'acteur – avec Douro, faina fluvial. Il vient de voir Berlin, symphonie d'une grande ville de Walter Ruttmann. Son documentaire saisit la vie portuaire sur le vif, au sens où l'entendait Dziga Vertov, et, par l'importance accordée au montage, témoigne déjà d'un étonnant sens plastique : « La moderne poésie du fer et de l'acier, le charme de la nature dans ses divers aspects et nuances, la tonalité des heures, la joie et la misère de […]
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