3. Convergences contemporaines
Les manifestations de février 1934 et de mai 1968, qui n'étaient les appendices d'aucune autre forme d'action, peuvent être qualifiées de « manifestations de crises ». Elles ont constitué des instruments transitoires d'adaptations et de (re)définitions politiques d'autant plus efficaces qu'elles disposaient de relais dans le champ convenu du politique. Celles qui ont été organisées depuis les années 1980 sont le symptôme d'une crise du politique, distincte des événements de 1934 ou de 1968 en ce qu'elle n'est pas ce moment, court, d'un retournement permettant aux contradictions politiques alors à l'œuvre mais demeurées latentes de s'affirmer ouvertement pour ainsi précipiter des mutations radicales. Ces manifestations sont le signe d'une crise structurelle de longue durée : pour la plupart appendices de grèves (1995), d'élections (2002), de fêtes, de « forums » (Seattle en 1999) ou de pétitions, elles sont dépendantes d'agendas dont elles n'ont pas la maîtrise et ne font, d'aventure, événement que dans la relation qu'elles entretiennent avec le mouvement social qui les englobe et les dépasse. La plupart demeurent inscrites dans le système manifestant demeuré prévalent. Du moins voit-on s'affirmer, à ses marges, des manifestations en nombre accru empruntant à d'autres répertoires.
La manifestation s'est affirmée comme une modalité spécifique du politique quand prévalaient les conceptions positivistes d'une histoire orientée vers un devenir meilleur, que d'aucuns nommaient Progrès et d'autres Révolution. Elle s'est affirmée, près d'un siècle durant, comme l'expression symbolique de cette marche vers le futur. En signifiant que ses acteurs acceptaient de s'inscrire dans le temps – différé – de la satisfaction de leurs exigences, celui des stratégies politiques. Elle ne saurait, dès lors, être quitte de la disparition des horizons d'attente qui ont longtemps structuré la pensée et l'action. Le « présentisme » (François Hartog) aujourd'hui domin […]
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