Du mot grec mania, qui signifie « folie furieuse », l'ancienne médecine avait fait le nom technique de la folie en général (les modernes en ont tiré les composés mégalomanie, érotomanie, kleptomanie, etc.). Dans la langue commune, la notion s'atténua considérablement et en vint à désigner de petits travers, des habitudes bizarres, de légères obsessions. Mais les psychiatres modernes n'abandonnèrent pas le mot et lui donnèrent au contraire un sens fort, celui de la folie dans laquelle prédominent les symptômes positifs : agitation, loquacité, extravagances. Tel est le sens qu'il a dans la nosologie de Pinel, puis dans celle d'Esquirol (1838, « exaltation de la sensibilité, de l'intelligence et de la volonté »). Falret (1854) lui donne son sens définitif en l'adoptant pour décrire la phase expansive de la « folie circulaire », connue après 1895 sous le nom de psychose maniaco-dépressive (Kraepelin). Le symptôme maniaque peut néanmoins se rencontrer dans d'autres psychoses : schizophrénie, démence sénile, paralysie générale, psychose puerpérale, ainsi que dans les encéphalopathies et les tumeurs cérébrales.
Georges TORRIS
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