7. Rebelles et francs-tireurs
Parallèlement au développement des mangas conçus pour le grand public, un courant marginal de la bande dessinée japonaise se distingue des diktats des principaux magazines de prépublication (ciblage du public, parution en feuilleton) et des dogmes graphiques et narratifs imposés par Tezuka. Cette production alternative s'est développée autour de la revue Garo, fondée en 1964 à Tōkyō par Katsuichi Nagai, et ayant bénéficié à ses débuts du soutien de Sampei Shirato, qui y publiait dès la première année sa saga contestataire Kamui-den. Garo s'oriente par la suite vers une production résolument expérimentale et poétique, sous l'impulsion notamment de Yoshiharu Tsuge, qui y fait paraître des récits frayant avec le surréalisme (Neji-shiki, 1967) ou inspirés de sa propre existence.
Au cours des années 1970, la revue révèle de nombreux auteurs aux styles et aux propos singuliers, comme Shin'ichi Abe avec Paradis (2006, éd. or. Tengoku, 1971), Kazuichi Hanawa (Kan no mushi, 1971), Sueihiro Maruo avec La Jeune Fille aux camélias (2005, éd. or. Shōjō Tsubaki, 1984) ou Yū Takita avec ses Histoires singulières du quartier de Terajima (2006, éd. or. Terashimashō kitan, 1970). D'une scission au sein de son équipe rédactionnelle naît en 1998 la revue A.X., qui reprend le flambeau de Nagai, décédé en 1996. Régi par les mêmes principes libertaires que son illustre modèle, A.X. publie vieux maîtres, tel Hanawa avec Dans la prison (2005, éd. or. Keimusho no naka, 2000), débutants hors norme, tel Takashi Kurihara, avec Cornigule (2005, éd. or. Tsuno Byō, 2004) et francs-tireurs, tel Kotobuki Shiriagari avec Jacarandà (2006, éd. or. 2005). Fondée sur des partis pris nettement moins radicaux, la revue Afternoon, créée en 1987 par le mastodonte de l'édition Kōdansha, offre néanmoins aux auteurs une relative liberté, accueillant des personnalités artistiques singulières, comme Fumiko Takano, auteur du Livre jaune (2004, éd. or. Kiroi hon, 2003), Daisuke Igarashi (Hanashippanashi, 2006, éd. or. 2004) ou Iō Kuroda (Un été andalou et autres aubergines, 2004, éd. or. Nasu, 2001). De jeunes prodiges, comme Taiyou Matsumoto (Gogo Monster, 2005, éd. or. 2000) ou Takehiko Inoue (Vagabond, 2002, éd. or. 1999), parviennent de leur côté à imposer des projets atypiques au sein des principales maisons d'édition, et à négocier un rythme de travail moins contraignant.
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