4. Fougue et atermoiements de l'adolescence
Les mangas destinés aux adolescents sont ceux qui ont façonné les préjugés liés à la bande dessinée japonaise en Occident, sur le plan du dessin comme du récit. Ainsi, l'impression d'uniformité dans la représentation des visages (yeux et bouche immenses, menton pointu, mèches de cheveux fantaisistes) que l'on peut en retirer à première vue s'explique notamment par l'empreinte profonde qu'a laissée Osamu Tezuka, dont le style a fait école. Grand admirateur des dessins animés de Walt Disney, il a repris les grands yeux des animaux de Bambi (1941) pour ses propres personnages, afin d'accentuer leur côté attachant. Il s'agit donc là d'une convention de dessin, au même titre que les « gros nez » de la bande dessinée belge. Par ailleurs, s'il n'est pas à l'occasion dénué de charme ou de virtuosité, le dessin est avant tout au service de l'histoire. Les décors sont ébauchés, les physionomies schématiques et les sentiments des personnages nous sont livrés par le biais de symboles graphiques immédiatement compréhensibles, qui facilitent la lecture. Enfin, ces histoires, dont la violence a maintes fois été dénoncée en Occident, encouragent surtout l'adolescent à développer des énergies positives : le courage, la persévérance, l'amitié, ou encore le don de soi. L'action rythme la progression de l'intrigue et les auteurs optent souvent pour une mise en page et des plans dynamiques, qui exaltent les prouesses de leurs personnages.
Même si les mangas pour garçons recèlent une importante diversité, il est possible de repérer plusieurs sous-ensembles. Le plus important est constitué par les histoires originellement publiées dans la revue Shōnen Jump, et par leurs nombreux ersatz. À sa création, en 1968, cet hebdomadaire demanda à ses jeunes lecteurs, par l'intermédiaire d'un sondage, quelles étaient les valeurs qui comptaient le plus à leurs yeux ; les réponses mirent en avant l'amitié, la persévérance et la victoire. Depuis cette époque, ces trois mots sont devenus le critère […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 8 pages…



