Manès Sperber est né en 1905 à Lablotow (Galicie). Lorsque la guerre éclate, sa famille se réfugie à Vienne. Là, il va découvrir la psychanalyse auprès d'Alfred Adler et l'engagement communiste. À partir de 1927, il vit à Berlin, tandis que se précise la menace nazie. Arrêté lorsque Hitler prend le pouvoir, il se réfugie en Yougoslavie, puis à Paris en 1934. Il prend la direction de l'Institut international pour l'étude du fascisme, jusqu'à sa rupture avec le Parti communiste, en 1937.
Juif autrichien, enraciné dans cet Empire austro-hongrois qui était marqué par une culture cosmopolite où le yiddish occupait une place privilégiée, Manès Sperber fut l'homme du milieu, placé entre la foi de ses pères et le modernisme, entre l'engagement politique et la résignation raisonnée, entre l'illusion et le réalisme. Militant communiste, l'ère stalinienne lui ouvrit les yeux, et, dès lors, il se méfia de toutes les idéologies. Son militantisme antitotalitaire lui valut sans doute des inimitiés, à une époque où il était encore habile, commode et recommandé d'être proche du prosélytisme révolutionnaire. Manès Sperber conserva, dans la dignité et la discrétion, une attitude fermement ho […]
