2. Origine des mancalas
La question de l'origine des mancalas intéresse depuis plus d'un siècle les anthropologues spécialistes des jeux. Il revient sans nul doute à l'Américain Stewart Culin d'avoir identifié le caractère africain des mancalas et d'avoir tenté une première étude globale (Mancala, the National Game of Africa, 1894). Mais c'est Harold Murray (A History of Board Games other than Chess, Oxford, 1952) qui en a établi la première typologie fonctionnelle, grâce à une collecte amplifiée. Les deux chapitres qu'il consacre aux mancalas offrent un inventaire particulièrement riche, où les jeux de semis sont classés en trois catégories : les mancalas II (à deux rangées), les mancalas III (à trois rangées), les mancalas IV (à quatre rangées). Comme Culin, Murray penchait pour une origine arabe.
Un pas en avant considérable fut accompli en 1977 avec la publication de la petite étude fort stimulante d'André Deledicq et d'Assia Popova (Wari et solo : le jeu de calculs africain, Paris, 1977). Les deux auteurs y clarifiaient la typologie des mancalas, en s'appuyant sur la notion de cycle. Ils démontraient ainsi qu'il n'y a que deux classes possibles : les mancalas à un cycle (appelés génériquement wari) et les mancalas à deux cycles (appelés génériquement solo), les mancalas à trois rangées se classant en fait parmi les premiers. La répartition géographique révélait que la limite nord des solo en Afrique coïncidait presque exactement avec celle des langues bantoues. Au sud de cette ligne, seuls règnent les mancalas à deux cycles (à quatre rangées), qui étaient ainsi liés par les deux auteurs à l'expansion des bantouphones.
Mais les principales conclusions de Deledicq et Popova ont été vigoureusement contestées par Philip Townshend qui, dans ses divers articles et dans sa thèse de doctorat (1986), fait valoir que la répartition wari/solo vole vite en éclats une fois confrontée à la documentation particulièrement riche qu'il a rassemblée. Si, selon l'africaniste britannique, les mancalas sont indi […]
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