La tradition hindoue enseigne que l'humanité actuelle descend d'un homme qu'elle nomme Manu ; celui-ci appartient en fait à une race plus ancienne dont tous les représentants furent anéantis, sauf lui, dans un déluge. Manu, seul « juste » parmi des millions de méchants, fut averti par Dieu (Vishnu, incarné en poisson) que les eaux allaient monter et qu'il lui fallait construire un navire pour se sauver. Lorsque tous les êtres eurent été anéantis, le poisson guida le bateau de Manu jusqu'à une montagne où le saint attendit le reflux. Il repeupla alors la terre grâce à des pratiques rituelles et dota l'humanité nouvelle d'un code que l'on nomme Mânavadharmashâstra (mānava-dharmaśāstra), c'est-à-dire Traité [shâstra] de droit [dharma] ayant Manu pour auteur, ou encore Manu Smriti (manusmṛti) pour rappeler que ce qui relève des contingences (règles de conduite, dispositions pénales, etc.) appartient à la tradition (smṛti), laquelle, bien que d'origine divine, n'a pas le caractère immuable et intangible de la Révélation (śruti), c'est-à-dire du Véda. Pour un théologien brahmanique, le Mânavadharmashâstra est un texte « prophétique », non l'expression directe du Verbe comme le sont les Écritures. Et pourtant, le terme de dharma déborde considérablement la notion contingente de « droit » (même au sens le plus large) : si les préoccupations juridiques sont, dans ce traité, au premier plan, des considérations religieuses, éthiques, sociales, politiques s'y ajoutent. À la limite, le concept de dharma englobe l'ensemble des règles de conduite et les fondements de l'idéologie brahmanique. On le voit d'ailleurs par l'organisation interne du texte, qui s'ouvre par une cosmogonie et qui comporte des prescriptions rituelles aussi bien que des conseils aux souverains.
Du point de vue de la critique occidentale, les « Lois de Manu » paraissent dater, sous leur forme actuelle, du ~ iie siècle. Elles ont été composées dans un milieu brahmanique orthodoxe et relèvent de l'école védique mānava, à laquelle on doit d […]
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