Longtemps resté mystérieux, l'auteur de Morte Darthur, ou La Mort d'Arthur, publié en 1485 par le premier imprimeur anglais William Caxton (1422-1491), a pu, grâce à divers documents rassemblés dans une étude de Vinaver (1929), être identifié sous les traits d'un gentilhomme du Warwickshire, dont la vie fut aventureuse à souhait. Soldat, il combattit à Calais en 1436 ; fait chevalier vers 1442, il entra même au Parlement (1445). Puis, tout à coup, marié ou pas, il rompt avec la société et se fait bandit de grand chemin. Attaques à l'arme blanche, extorsion de fonds, braconnage, vol de bétail, tentative d'assassinat sur le duc de Buckingham, razzia dans une abbaye, et, de temps en temps, la prison d'où il s'évade, jusqu'au jour où on l'enferme à Newgate. Il y passera le reste de sa vie — vingt ans ! —, le temps nécessaire pour rédiger son chef-d'œuvre.
Si tous ces détails sont exacts, c'est en prison, en effet, que Malory fit revivre la geste arthurienne, déjà bien oubliée en Angleterre au milieu du xve siècle, malgré les chroniques éparses qu'on avait pu consacrer au roi chevalier depuis Historia regum Britanniae de Geoffroy de Monmouth (1100-1154), contemporain de Chrétien de Troyes, lui aussi, lui surtout, fasciné par les épisodes divers de cette merveilleuse histoire. Après eux, il y eut du xiiie au xve siècle bien d'autres apports qui enrichirent la légende, tant en France qu'en Angleterre. C'est à partir de cette masse de documents, français pour la plupart, que Malory édifia les vingt et un livres de son récit. Masse dont le décryptage doit beaucoup à E. Vinaver (1929) et à Marguerite Dubois (1948). La Mort d'Arthur conte le règne du héros, ses malheurs, la catastrophe finale, la dispersion des chevaliers de la Table ronde, la quête du Graal par Lancelot, que ses péchés vouent à l'échec, le succès de Galahad, qui, grâce à sa pureté, peut l'obtenir. Ce récit aux innombrables épisodes est écrit dans une langue simple et accessible, c'est-à-dire concrète et claire. Le livre a fait les délices de milliers de lecteurs, il est constamment réédité dans des éditions populaires ; il a l'immense mérite de conserver à la portée du grand public une des plus belles légendes de l'humanité chrétienne, qui sans lui aurait risqué de demeurer l'apanage des spécialistes et des érudits.
Henri FLUCHÈRE
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