3. La Malaisie indépendante
L'indépendance fut suivie d'un élargissement considérable de la citoyenneté fédérale aux Chinois, conformément à la politique de large ouverture acceptée par le Tunku. Le nombre d'électeurs chinois inscrits passa de 143 000 en 1955 (11,2 p. 100 du corps électoral) à 764 000 en 1959 (soit 35,6 p. 100 du corps électoral), ce qui était proche de la proportion démographique. Cette évolution était critiquée par les nationalistes conservateurs malais, qui avaient constitué le Pan Malayan Islamic Party (P.M.I.P.), fort surtout dans le Nord-Est. Les Malais exigeaient de leurs dirigeants une politique de stricte limitation de l'influence chinoise.
La victoire de l'Alliance aux élections du 19 août 1959 attesta que sa politique d'entente raciale était approuvée par la majorité de la population, encore que les extrêmes (P.M.I.P., etc.) eussent enregistré des progrès. Disposant du pouvoir politique (gouvernement, administration, armée, police), de la terre et du contrôle de l'éducation, les Malais entendaient éviter que les Chinois, dynamiques et numériquement majoritaires dans les villes et qui dominaient le commerce, l'industrie et la finance, ne l'utilisassent pour déborder sur le terrain politique. Les Britanniques continuaient toutefois de contrôler plus de 60 p. 100 du secteur moderne de l'économie malaisienne, qu'ils orientaient de façon décisive.
• La Fédération : élargissement ou novation
À partir de 1959-1960, la vie politique de la Malaisie est dominée par la question de l'éventuel élargissement de la Fédération. Singapour avait en effet obtenu l'autonomie interne en 1959, et ses dirigeants (le People's Action Party [P.A.P.], de Lee Kuan-Yew, vainqueur des communistes) estimaient que l'île n'avait pas d'avenir si elle restait coupée de son hinterland. Ils proposèrent dès l'automne 1959 une fusion (merger) de Singapour avec la Fédération. L'accueil fut réservé.
Pour le Tunku et l'U.M.N.O., en effet, l'entrée de Singapour romprait au bénéfice des Chinois (Singapour était à 75 p. 100 chinoise) l'équilibre ethnique très précaire de la Fédération, où les Ma […]
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