5. La littérature moderne en péninsule malaise
Le « renouveau » est ici assez ancien ; il date des efforts de Abdullah bin Abdul Kadir, surnommé munci (c'est-à-dire « le maître de langue »), un Malais de descendance à la fois arabe et indienne, qui fut le secrétaire de T. S. Raffles, le fondateur de Singapour (il mourut en 1854, en accomplissant le pèlerinage de La Mekke) ; il chercha à « illustrer » la langue malaise, en éditant une version du Sejarah Melayu, en établissant une traduction du Pañcatantra tamoul, et surtout en rédigeant ses Mémoires (Hikayat Abdullah) qui fourmillent de détails savoureux sur ses maîtres britanniques, ainsi que des récits de voyage à Kelantan (Pelayaran Abdullah) et à La Mekke.
Dès les dernières décennies du xixe siècle, on assiste à l'essor d'une presse en malais (en caractères arabes) sous l'impulsion de plusieurs personnalités musulmanes, dont le célèbre Syed Sheikh bin Ahmad al-Hadi (1867-1934). Comme en Indonésie, l'occupation japonaise accélère la prise de conscience (Congrès des journalistes sumatranais et malais, en 1942, et diffusion des poèmes de Masuri S. N., qui chante la Grande Asie orientale). Après 1945, Singapour va être pour un temps le centre des activités littéraires ; c'est là que se regroupe la « génération des écrivains de 1950 » (Asas 50), sous la direction de Abdul Samad Ismail. Kuala Lumpur ne jouera un rôle important qu'après l'indépendance (1957). Au point de vue des œuvres, il faut signaler le développement de la poésie, de la nouvelle (cerpen), et surtout le succès du roman (novel) ; parmi les principaux auteurs : Haji Zainal Abidin bin Ahmad (qui signe « Za'aba »), A. Lutfi Hamzah, Hassan Ali, A. Samad Said, dont le roman fleuve Salina (495 p.) dépeint la misère dans un quartier de Singapour, Shahnon Ahmad dont les romans peignent la vie des paysans malais. À signaler que tous les auteurs malaysiens n'écrivent pas en malais et que plusieurs s'expriment en anglais, en tamoul ou en chinois.
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