3. La littérature malaise
La littérature malaise comprend au moins deux veines : une, populaire, qui alimente un grand nombre de contes et d'apologues, ainsi que des poèmes courts, de quatre vers, les pantun ; et une veine plus élaborée, sinon savante, qui inspire les œuvres de cour (romans, chroniques, longs poèmes, ou syair, traités philosophiques et religieux) rédigées dans les grands sultanats des xve, xvie et, surtout, xviie siècles : Malaka, Acéh, Johor, et constituant ce qu'on appelle parfois la littérature malaise « classique ». Dans un cas comme dans l'autre, il s'agit, à l'origine, d'œuvres surtout faites pour être récitées ou lues à haute voix, avec ou sans accompagnement musical. Contes et apologues étaient racontés par des narrateurs professionnels, les penglipur lara, ou « adoucisseurs de soucis », et l'on sait que, dans les palais princiers, les chroniques étaient récitées un peu à la façon des chansons de geste en Occident. À la veille de l'attaque de Malaka par les Portugais (1511), les officiers de la cour se firent réciter des passages de l'Histoire de Amir Hamza, afin de mieux se préparer au combat, et, en 1620, le voyageur français Beaulieu, de passage à Acéh, note que, après l'avoir reçu à dîner, le sultan « fit venir quinze ou vingt de ses femmes qui accordèrent leurs voix avec quelques petits tambours, chacune en ayant un à la main, et chantèrent les conquestes que ce roy a fait de son règne ».
Cette littérature étant surtout faite pour être goûtée par l'oreille, les formules stéréotypées et les répétitions sont relativement nombreuses ; quant aux manuscrits qui nous l'ont transmise, ils n'avaient souvent qu'un rôle accessoire, celui d'aide-mémoire. Ceux qui nous sont parvenus (en écriture arabe et sur papier) sont presque tous récents (xviiie et, surtout, xixe s.) ; seuls quelques rares exemplaires ont été rapportés en Europe dès le xviie siècle. Les œuvres étant généralement non datées, les questions de chronologie sont encore à l'étude, et le plus sim […]
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