2. La littérature javanaise
L'état le plus ancien de la langue javanaise est connu par des textes épigraphiques, notés sur pierre ou sur plaques de cuivre, dans des variétés d'écritures dérivées de modèles indiens ; il s'agit surtout de textes législatifs (chartes de donation), datant du ixe au xve siècle. Les textes littéraires nous ont été conservés par des manuscrits notés sur lontar (feuilles de palmier à sucre), dans des écritures dérivées des écritures épigraphiques (plus rarement dans une écriture adaptée de l'arabe, dite pégon) ; mais les manuscrits dont on dispose actuellement ne sont guère antérieurs au xviiie siècle et, comme les textes ne sont datés qu'exceptionnellement, la chronologie est assez difficile à établir ; on s'accorde néanmoins pour distinguer quatre époques principales.
• Époque ancienne (Xe-XVe s.)
À part quelques textes rédigés à l'époque des premiers royaumes de Java central (version en vers du Rāmāyaṇa, xe s. ?), le gros de la production date des époques de Kaḍiri, de Singasari et de Mojopahit ; l'influence des modèles indiens, surtout nette au début, s'atténue à partir de la fin du xive siècle (résurgence du fonds autochtone). Beaucoup d'œuvres sont en vers (on les appelle kakawin) et rédigées selon des principes prosodiques indiens (succession calculée de longues et de brèves) ; la langue javanaise proprement dite ne tient pas compte de la longueur des voyelles, mais elle se charge alors de très nombreux emprunts sanskrits (on donne le nom de kawi à cette variété un peu spéciale de javanais poétique).
Parmi les principaux kakawin (probablement destinés à être récités à haute voix), il faut signaler l'Arjunawiwāha, ou Mariage d'Arjuna (par Mpu Kanwa, poète à la cour de Erlangga, xie s.), le Bhāratayuddha (inspiré du Mahābhārata, daté de 1157), le Bhoma Kāwya, le Hariwaṃśa, le Brahmāṇḍa Purāṇa. Le plus célèbre est sans doute le Nāgarakěrtāgama, dont un manusc […]
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