La pathologie, c'est-à-dire l'étude scientifique des maladies, fut d'abord une pathologie d'organes, essentiellement appuyée sur l'anatomie. Un grand pas fut franchi lorsque Virchow montra vers 1850 que tous les tissus sont formés de cellules. L'étude physio-pathologique au niveau cellulaire, longtemps purement descriptive, est restée néanmoins irremplaçable dans plusieurs domaines, en particulier en cancérologie. Depuis que la culture de cellules est venue donner un nouvel essor à la pathologie cellulaire, ainsi qu'à la cytogénétique, ce sont les progrès de la biochimie, aidés efficacement par la microscopie électronique, qui ont réussi à faire passer l'étude physiopathologique de la cellule au niveau moléculaire.
On peut faire remonter la naissance de la pathologie moléculaire aux années 1956-1959, quand Ingram, par la technique de la « carte peptidique », put montrer qu'une grave maladie de l'hémoglobine, la drépanocytose, affection héréditaire très fréquente chez les Noirs originaires d'Afrique, était due au remplacement d'un acide aminé, l'acide glutamique, par un autre, la valine, dans les chaînes β de l'hémoglobine. Mais déjà, en 1949, Pauling et Itano avaient mis en évidence l'anomalie de charge électrique caractérisant l'hémoglobine drépanocytaire. On a pu ensuite montrer que la mutation causale consistait en un changement d'une seule base dans le gène codant pour la chaîne β de la globine : un triplet nucléotidique GAG, signifiant acide glutamique, devient GTG, signifiant valine. Ainsi était démontré le mécanisme biochimique d'un accident génétique chez l'être humain.
À partir de l'exemple de l'hémoglobine, qui a été le modèle le mieux étudié, des progrès extraordinairement rapides ont été réalisés. On distingue parmi les maladies moléculaires celles qui sont héréditaires (de beaucoup les mieux connues) et celles qui sont acquises. On peut aussi différencier les anomalies des protéines, qu'elles soient enzymatiques ou non, puisqu'un chapitre nouveau s'est ouvert avec […]
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