2. Empirisme et symbolisme
La tentation est également grande, dans la littérature existante, de subdiviser à l'infini les différents aspects de l'ethnomédecine elle-même. Ainsi l'attention des chercheurs se porte préférentiellement tantôt sur les croyances et les connaissances médicales, tantôt sur les traitements de la maladie ou encore sur les thérapeutes ; on trouve souvent, en outre, dans la distinction entre maladies physiques et maladies mentales, un principe discriminant qui tient davantage aux observateurs qu'aux observés, et que les premiers appliquent pourtant bien volontiers non seulement aux maladies elles-mêmes mais aussi aux traitements locaux (en distinguant traitements à base de plantes censées posséder une efficacité thérapeutique objective et traitements magiques, dont l'efficacité éventuelle serait d'ordre social ou psychologique) ou aux systèmes étiologiques (en distinguant les systèmes étiologiques naturalistes, qui attribuent une cause physique ou matérielle au mal, et les systèmes d'étiologie sociale, qui considèrent que tout mal physique est l'expression d'un désordre social). Ce principe discriminant ne définit jamais deux ordres cohérents de phénomènes (ordres selon lesquels les maladies physiques relèveraient d'un traitement physique, parce qu'elles auraient une cause matérielle, et les maladies mentales d'un traitement symbolique, parce qu'elles auraient une cause sociale) : l'évidence des données de terrain n'autoriserait pas une telle généralisation ; mais il ne cesse de se réintroduire dans la description et l'analyse des phénomènes et des institutions, empêchant peut-être par sa seule existence de bien situer la logique de la maladie dans l'ensemble de la logique sociale et, plus précisément, de définir l'objet intellectuel de la recherche anthropologique.
Toute l'ambiguïté du propos de l'anthropologie médicale est là : certains font de la question de l'efficacité thérapeutique la question première et n'envisagent éventuellement la relatio […]
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