3. La philosophie de Maine de Biran
Biran ne remet pas en question le refus de l'innéisme. Mais il constate que dans je sens, le je qui s'affirme sentant est un sujet actif dont aucune genèse ne peut rendre compte à partir des sensations passives liées au monde des objets. La conscience du moi relève d'un « sens intime » qui s'éveille avec le « sentiment de l'effort moteur volontaire » ; ainsi, je veux lever le bras : l'initiative vient de moi (volonté) et elle provoque un mouvement dans mon corps (motricité). De là, deux « vies » : la vie animale, essentiellement passive, celle des sensations, appétits, instincts, des rêves pendant le sommeil, des automatismes pendant la veille, vie que nous dirions sub-consciente ; la vie humaine, essentiellement active, celle du sujet qui prend les initiatives, mais d'un sujet non séparé de son corps, puisque ses initiatives déclenchent des mouvements ; mon corps est donc, en tant que corps, objet donné par les sens externes et étudié par les sciences de la nature, en tant que mien, il est connu de l'intérieur et participe à la subjectivité.
La science de l'homme, comme la physique, ignore la substance : mais, au niveau des phénomènes, elle retrouve la causalité. Quand je veux lever le bras, ma volonté est cause, mon mouvement effet. Ainsi, la psychologie ne peut être construite sur le modèle de la physique. Mais une difficulté surgit : mon moi, principe causal, que devient-il quand je dors, quand je suis évanoui ? Il ne disparaît pas puisqu'il reviendra. Biran doit poser, sous-jacente aux intermittences du moi, une âme permanente qui remplit l'office de l'ancienne substance. De l'agnosticisme positiviste, il garde l'idée que nous ne connaissons pas l'essence de cette âme ; avec cette réserve : nous croyons à son existence. Le mot croyance n'a pas ici un sens religieux. Disons en gros : l'assurance que tel objet qui est sous mes yeux existe double la connaissance que j'ai de ses propriétés, de sa forme, de ses couleurs, etc., mais elle en est […]
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