2. Un « lyrisme épique »
La tragédie du peuple palestinien marque également les deux recueils : C'est une chanson, c'est une chanson (1984), où le lyrisme exprimé avec finesse et musicalité atteint son paroxysme, et Plus rares sont les roses (1986), où le « Nous » domine la trame poétique. Ce second recueil, composé de poèmes en vers libres et de poèmes en prose relativement courts, exprime le voyage sans fin d'un peuple voué à l'exode. Beyrouth revient dans Mémoire pour l'oubli (1987), un ouvrage en prose où le poète relate ses souvenirs de la ville pendant le siège de 1982.
Mahmoud Darwich consacre à l'intifada palestinienne (1987) un ouvrage intitulé Gens de passage en quelques mots (1989), rédigé principalement en prose. Il y décrit un événement simple mais fortement significatif. « Une simple pierre » (hajar) montre aux Israéliens que leur présence dans les Territoires est une occupation, et révèle aux Palestiniens leur « extraordinaire secret, leur identité ». Les deux recueils : Je vois ce que je veux (1990) et Onze Astres sur l'épilogue andalou (1992), reprennent, certes, la symbolique de « la pierre » dans quelques poèmes, mais la dépassent largement vers « un lyrisme épique » plus expressif, où le poète concilie vie intime et interrogations existentielles sur « la place du Palestinien au monde ». Le siège de Ramallah (2002) inspirera le recueil-poème État de siège (2002) où le poète rappelle au combattant israélien, à travers l'évocation des scènes quotidiennes, les valeurs qui les unissent. Avec un style dépourvu de toute rhétorique classique, il interpelle ainsi les assiégeants : « Ceux qui sont debout devant nos portes, entrez / et prenez le café arabe avec nous / sentiriez-vous peut-être que vous êtes, comme nous, des êtres humains. »
Soucieux de libérer l'Histoire de son cadre spatio-temporel pour lui attribuer une expression humaine et pérenne, Mahmoud Darwich diversifie les thèmes sans renoncer à son lyrisme. Il écrit Pourquoi as-tu laissé le cheval à sa sol […]
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