Naguib Mahfouz (Nagīb Mahfūz), qui obtint le prix Nobel de littérature en 1988, domine le roman arabe de la seconde moitié du xxe siècle. De lui se réclament tant les auteurs de romans réalistes à la facture classique que les tenants du nouveau roman arabe porté par la génération des années 1960 ; un de ses principaux promoteurs, Gamal Ghitānī, consacre ainsi un livre entier à ses entretiens avec ce « père » spirituel (Naj̄ib Mahf̄uz yatadhakkaru, trad. franç., Mahfouz par Mahfouz, 1980). De fait, à travers plus de cinquante romans et une dizaine d'autres œuvres de fiction, c'est d'un demi-siècle de développement et d'affirmation du genre romanesque dont l'œuvre de Mahfouz est porteuse, dans ses recherches multiformes, s'installant parfois aux limites de ce que la société pouvait accepter. Elle plie l'arabe littéraire à toutes ses exigences pour en faire un idiome tout aussi naturel dans la narration que dans les dialogues, ce qu'aucun n'avait su faire avant lui avec autant de réussite, et impose le talent de conteur de l'écrivain, en créant un univers narratif peuplé de toute la mémoire des vieux quartiers du Caire.
1. Le romancier du Caire
Né en 1911 au sein d'une famille de la petite bourgeoisie installée dans le quartier populaire de Gamaliyya, dans la vieille ville du Caire, Naguib Mahfouz, de quinze ans plus jeune que ses sept frères et sœurs, sort en 1934 de l'université avec une licence de philosophie, et un fort penchant pour la littérature, qu'il assouvira, en parallèle avec sa carrière de fonctionnaire. Il publie ses premières nouvelles dans la revue al-Majalla al-Jadīda créée par Salāma Mūsā : Hams al-Jun̄un (Murmure de folie, 1938).
Entre 1939 et 1944, durant la Seconde Guerre mondiale, il commence à écrire et à publier des œuvres qui s'inscrivent dans la lignée du courant pharaonique soufflant avec force dans l'Égypte de l'entre-deux-guerres : 'Abath al-aqdâr (La Malédiction de Râ, 1939) prend sa source dans les mythes égyptiens antiques, R̄ad̄ub̄is (L'Amante du Pharaon, 1943), est une dramati […]
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