2. La multiplication des bouddhas
Cette ascension des bodhisattvas est liée à une redéfinition du bouddha. Le Petit Véhicule avait pour centre la personne du bouddha « historique » (pour autant que l'on puisse avoir accès à sa réalité), Śākyamuni, dont la vie avait connu deux points culminants : l'Éveil et le Nirvāna. Or, l'un et l'autre événement se trouve replacé dans une tout autre perspective : toujours selon le Sūtra du Lotus, dont l'intention polémique à l'encontre du Petit Véhicule est la plus manifeste, l'Éveil de Śākyamuni ne s'est pas produit au moment historique reconnu par la tradition bouddhique, mais appartient en réalité à un passé incommensurablement lointain ; de même, il n'a pas réellement disparu dans l'Extinction, mais n'a fait que cacher sa présence aux fidèles. Ces deux épisodes ne sont que des stratagèmes (upāya) destinés à encourager le zèle en montrant qu'il est possible d'arriver au terme de la voie bouddhique, alors que les choses se jouent en réalité dans une dimension bien supérieure.
Les doctrines sur le corps de bouddha contribuent à la relativisation du fondateur : la personne de Śākyamuni qu'a connue l'histoire n'est que le niveau inférieur, « apparitionnel », d'une structure de trois corps dont le supérieur, dit « corps de Loi » (dharma-kāya) échappe à l'entendement ordinaire. Mais en même temps apparaissent d'autres bouddhas qui œuvrent aussi pour le salut des hommes, parfois de manière plus efficace, tel ce bouddha, maître d'un domaine situé dans un univers à l'ouest du nôtre, qui a pour nom Amitābha (plus connu en Occident sous son nom japonais Amida) et qui a fait vœu d'accueillir tous ceux qui l'invoqueront. Un autre bouddha, Mahāvairocana (traduit dans les langues de l'Extrême-Orient par « Grand Soleil »), acquiert peu à peu une place prépondérante, principalement dans les courants marqués par l'ésotérisme (Vajrayāna indien et tibétain, Shingon et Tendai au Japon). Une école chinoise finira par en faire le corps de Loi de Śākyamuni. En un mot, le nombre des bouddhas devient infini, mais cela ne doit point troubler le fidèle puisque « un bouddha est tous les bouddhas ».
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