2. Magie et préhistoire
Les deux aspects fondamentaux de la magie – la foi dans la puissance du nom et de la parole et la science du geste et de l'image – sont étroitement associés, dès leurs origines préhistoriques, à la conception centrale d'une relation mimétique puis d'un rapport analogique entre le signe et l'objet du rite, opération primordiale d'anticipation de l'acte ou de possession contraignante qu'incarne la puissance vitale du magicien et qu'elle rend actuelle et efficace.
L'accomplissement rituel de l'acte magique semble avoir eu pour but principal d'enfermer et de capturer figurativement un gibier visible ou invisible, naturel ou surnaturel, en le contraignant à se prendre au piège d'un espace clos, de formules fixes, de gestes précis et de danses minutieusement réglées, comme s'il s'agissait, en quelque sorte, d'arrêter ses mouvements avec sa vie et, par là, de « contracter » le temps autour de l'expression d'un désir ou d'une volonté. La magie, dit Jacob Boehme, « n'est en soi rien qu'une volonté, et cette volonté est le grand mystère de toute merveille et de tout secret : elle s'opère par l'appétit du désir de l'être ».
Les études de linguistique comparative ont montré l'existence, dans le monde indo-européen, de correspondances précises entre des termes religieux ou des expressions juridiques et des notions magiques communes à la plupart des peuples de race blanche qui s'établirent en Europe : Hellènes, Latins, Celtes, Germains, Albanais, Arméniens et Slaves.
Ainsi l'indien brahman, l'avestique baresman et le latin flamen, noms donnés à des prêtres, proviennent-ils d'une même racine indo-européenne désignant primitivement un serviteur de divinités magiques. Les « flamines majeurs » de Rome remplissaient des fonctions analogues à celles des brahmanes consacrés à Varuna, dieu suprême de la magie contraignante, et à Mitra, dieu de la règle et du contrat. Odhinn, la divinité suprême du panthéon germanique, représentait le « grand magicien des combats » mais aussi, par sa domina […]
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