1. Le modèle historique : la mafia sicilienne
• Traits culturels spécifiques
Bien avant d'avoir un nom particulier, comme élément de la conscience populaire d'abord, puis comme esprit associé à l'évolution du système féodal, la mafia était en puissance en Sicile. Ce phénomène se rattache à l'évolution des formes sociales et romanesques du banditisme et se comprend dans l'histoire de la criminalité.
Le héros populaire et la loi
Tout d'abord s'est élaboré le mythe du bandit héros populaire. Cette attitude se retrouve dans l'expression : uomo d'onore (homme d'honneur), appliquée au mafioso. On voyait en lui l'homme « capable de connaître le juste et disposant de tous les moyens de l'imposer même aux plus puissants ». En Italie, cette perception du bandit a été plus durable qu'ailleurs. Face à la tyrannie des princes et des seigneurs, l'esprit de résistance habituait à vivre illégalement.
Cette façon de distinguer entre la loi officielle et le patriotisme, ou plus tard la classe sociale, est l'un des traits fondamentaux de la conscience sicilienne, élaborée à travers deux mille ans de la plus tourmentée des histoires, comprimée dans le cadre d'une île, placée au cœur même des routes impériales méditerranéennes ; la situation géographique de la Sicile explique un peu son histoire. Dans le Mezzogiorno, le brigandage était perçu comme une forme élémentaire, fruste et individuelle de révolte sociale. En Sicile, la fonction, en quelque sorte sociale, du banditisme a donc, pour des raisons historiques, duré plus qu'ailleurs.
L'esprit de mafia repose sur la conviction qu'on doit avoir le courage de s'opposer, en cas de besoin, à la loi, pour imposer son destin personnel, son ascension sociale.
Cette perception s'est renforcée par l'image du pauvre chevalier-bandit ou du serf-bandit. La conscience populaire y exprimait son besoin de mobilité sociale. Le bandit chevaleresque pouvait devenir un prince.
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