1. La Madura des Pāṇḍya
C'est à Madura que s'établit le troisième Saṅgam, dont l'historicité est certaine et qui prit fin au iiie ou au ive siècle de l'ère chrétienne, après avoir doté la littérature tamoule d'un cycle de poèmes profanes de très haute qualité. Là aussi s'incarna Taṭākai, plus connue sous le nom de Mīnākṣī, la belle « aux yeux de poisson », née du feu du sacrifice qu'un roi offrit à Śiva pour avoir la descendance qui lui avait été refusée jusqu'alors. À la mort du souverain, Mīnākṣī monta sur le trône et soumit par les armes tous les princes des alentours ; son ardeur belliqueuse s'éteignit soudain quand parut celui qui devait la subjuguer : le beau Sundareśvara-Śiva. Le mariage fut célébré et dès lors le couple divin veilla à la prospérité du royaume. Chaque année, une grande fête commémore cette union et attire des milliers de pèlerins. Madura fut le théâtre de plusieurs des « soixante-quatre jeux » auxquels se livra le dieu Śiva, l'Être suprême, daignant se mettre à la portée des hommes en vue de sauver ces dévots du mal et de l'erreur. Toutes ces données légendaires, éparses en des poèmes classiques ou systématiquement développées dans des textes de rédaction tardive, illustrent à merveille le climat religieux de l'Inde méridionale. L'héroïne guerrière représente dans la perspective shivaïte la Śakti, émanation active de Śiva, et son mariage avec le grand dieu l'assimilation d'un culte local par l'hindouisme.
D'un point de vue historique, maintes sources tant indiennes qu'européennes attestent l'ancienneté de l'État Pāṇḍya de Madura, depuis Mégasthène, l'émissaire de Séleucos Ier, auprès de Candragupta Maurya (fin ive s. av. J.-C.), jusqu'au Périple de la mer Érythrée et à Ptolémée (iie s. apr. J.-C.). Durant les siècles proches de l'ère chrétienne, les Pāṇḍya combattirent leurs rivaux et voisins – Cēra à l'ouest et Cōḷa au nord. Du viie au ixe siècle, ces trois dynasties durent compter avec la puissance grandissante des Pallava de Kāñcī ; mais quand ces derniers succomb […]
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