3. Un genre « expérimental »
Formé en Italie à partir d'éléments étrangers, puisque ses créateurs étaient généralement d'origine flamande, le madrigal devint une expression spécifiquement italienne, illustrée avec une telle magnificence qu'il exerça à son tour une influence capitale sur la musique étrangère. Mais le travail des madrigalistes, si parfait qu'il ait été, ressortissait essentiellement au domaine expérimental, provoqué par cet esprit de recherche qui s'appliquait à tous les échelons de la composition : la connaissance du cœur humain, jusqu'alors très limitée, engendra de nouvelles expressions qui requéraient à leur tour des formules musicales inédites et efficaces capables de répondre aux diverses rénovations, dans les domaines sonore, harmonique, mélodique. La liberté même de cette forme permettait à chaque compositeur de donner libre cours à son invention et de se livrer sans contrainte à toutes les expérimentations possibles. C'est ainsi que, pour affiner l'expression, les lignes de chant devinrent plus pures et plus élégantes, la polyphonie s'enrichit, l'harmonie gagna en subtilité, notamment par un emploi de plus en plus savant du chromatisme. Cette maîtrise technique permit alors un travail en profondeur sur les rapports de la parole et de la musique. Minutieusement, comme s'ils rodaient les diverses pièces d'un nouvel outil, les madrigalistes créateurs du style lyrique et dramatique préparaient l'opéra dont ils perfectionnaient les éléments, laissant à leurs successeurs le soin de les assembler. Ayant répondu à ce qu'on attendait de lui, le genre n'avait plus de raison d'être.
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