2. L'âge d'or du madrigal : le XVIe siècle
La forme musicale qui, apparue pour la première fois sous le nom de madrigale en 1510, devait si brillamment illustrer le xvie siècle musical dont elle reste l'une des caractéristiques, n'a d'autre lien avec celle de l'Ars nova que le nom et un certain esprit unissant poésie et musique. Son évolution fut infléchie par le phénomène social et humain constitué par le mouvement de la Renaissance. La primauté de l'individu sur l'universel entraîna une découverte de la diversité des sentiments humains et, par conséquent, de la psychologie. Du même coup, s'évadant de l'emprise religieuse, l'expression profane s'affirma pour aboutir à une conception du rôle de la musique en rapport avec son nouveau public. C'est ainsi que, déjà rompus à la pratique du motet d'église a cappella, les madrigalistes allaient, sous l'influence de cet esprit neuf, donner à l'Italie la « musique de chambre » dont la vogue immédiate qu'elle connut est la meilleure preuve qu'elle répondait à un véritable besoin.
Né de la mutation subtile d'une composition à trois ou quatre voix de caractère populaire, la frottola, combinée avec une harmonie plus rigoureuse héritée de la polyphonie flamande, le madrigal est une pièce de forme absolument libre, sur des sujets profanes – pastoral, sentimental, voire érotique. La composition musicale continue épouse le poème, sans structure ou versification préétablie au niveau des mots aussi bien que du sens général. Le chromatisme à but expressif succède au diatonisme, permettant plus de subtilité. Le contrepoint alliant jusqu'à huit voix différenciées, d'égale importance, combinées avec une science accomplie, assure l'équilibre de l'ensemble. On assiste en somme à l'épanouissement d'une forme d'art supérieure que le compositeur applique à des textes de haute qualité. C'est l'une des raisons pour lesquelles la langue italienne joua un rôle essentiel et tint une place de premier plan dans la culture européenne.
Il a suffi d'un siècle – trois générations – pour que le madrigal réponde à son destin, c'est-à-dire cesse complètement d'exister après avoir atteint à son accomplissement. Comment expliquer ce sort, si différent de celui de la suite de danses, par exemple, qui donna naissance à la forme sonate et à ses dérivées et subit des avatars qui assurèrent sa perpétuation jusqu'aux temps modernes ?
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