4. Le XIXe siècle : le Madrid « isabélin »
La guerre d'Indépendance, qui s'ouvre, sur la Puerta del Sol, par la révolte du peuple madrilène contre les troupes françaises le 2 mai 1808, marque le début d'une longue instabilité politique, qui dure pendant les trois quarts du xixe siècle : l'Espagne, privée de son empire, se replie de nouveau sur elle-même et se déchire dans des luttes stériles. Mais, du point de vue de l'urbanisme madrilène, cette époque continue la précédente. La suppression des couvents, commencée par Joseph Ier, poursuivie après 1833, durant les guerres carlistes, par les gouvernements libéraux de la régente María Cristina, puis de la jeune reine Isabelle II, a une influence décisive sur la réforme intérieure de la capitale. À côté des édifices publics, plus ou moins heureux (ministères, palais des Cortes, théâtres), qui se multiplient, des places souvent spacieuses (plaza de Oriente, plaza del Rey, plaza de Bilbao), ainsi que des marchés, succèdent aux couvents désaffectés. D'autre part, les demeures modernes ont un style qui leur est propre ; ce sont des maisons de brique à trois ou quatre étages, à hautes fenêtres, à grands balcons – que conservent encore de nombreuses rues dans les quartiers du centre-nord, de l'ouest et du sud, et qui donnent à ce Madrid « isabélin », sans grande beauté mais non sans charme, une harmonie devenue trop rare. D'autre part, Madrid adopte avec quelque retard les nouveautés européennes : l'éclairage au gaz y fait son apparition en 1842, le chemin de fer quelques années plus tard (ligne Madrid-Aranjuez de 1844 à 1851, ligne Madrid-Hendaye de 1855 à 1864). La création du canal d'Isabelle II (1851-1858), qui amène à Madrid les eaux du Lozoya, assure à la capitale pour de longues années un approvisionnement en eau dont la qualité égale l'abondance. Par ailleurs, dans le dernier quart du siècle, durant la période pacifique qui a suivi la restauration monarchique de 1875, Madrid grandit rapidement : à une population surtout a […]
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