Couturière d'une science accomplie, Madeleine Vionnet est une des personnalités les plus éminentes de la mode française dans les années de l'entre-deux-guerres ; sa principale innovation, l'emploi systématique du tissu dans le sens du biais, a permis une véritable transformation de la silhouette et de l'esthétique féminines.
Fille d'un receveur de l'octroi à Aubervilliers, Madeleine Vionnet, après des débuts difficiles dans la couture et un mariage malheureux, quitte Paris pour Londres où elle entre dans la maison de couture Kate Reilly. De retour à Paris, en 1904, elle est engagée chez les sœurs Callot, dont la plus célèbre, Mme Gerber, une créatrice de mode inspirée, exigeante, aura beaucoup d'influence sur la débutante. Madeleine Vionnet quitte Callot pour la maison Doucet, puis ouvre son propre salon de couture en 1912. Les difficultés économiques liées au lancement de son affaire s'aggravent du fait de la Première Guerre mondiale et mettent un terme à cette première entreprise. Lorsque Madeleine Vionnet rouvre sa maison en 1918, elle se distingue par des vêtements d'apparence simple, au décor géométrique complexe : sur des robes-chasubles, des péplums, des robes souples tombant librement en « mouchoir », elle fait dessiner des nervures, des rinceaux entrelacés ; les modèles les plus admirés sont les robes du soir, fourreaux brodés de dessins empruntés aux vases grecs et étrusques.
Madeleine Vionnet se signale par la façon originale dont elle compose ses modèles : elle a recours à un petit mannequin articulé en bois sur lequel elle drape l'étoffe, ou parfois essaie ses idées directement sur elle-même. C'est dans ces conditions qu'elle développe peu à peu l'usage du tissu en biais ; l'étoffe ainsi employée présente un meilleur tombé et moule souplement les formes du corps ; mieux encore, le biais confère à la robe drapée une élasticité qui lui permet d'épouser les gestes, d'exalter la silhouette féminine en mouvement.
Les modèles de Vionnet, d'une perfection sobre, d'une […]
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