3. Macroéconomie de l'emploi : prix ou quantités ?
La mise en évidence et en question des conséquences d'un tel raisonnement transposé à l'échelle d'un pays et la contestation par John Maynard Keynes de sa logique sous-jacente ont donné naissance à la macroéconomie. Les grands débats qu'a suscités la crise de 1929 ont opposé les partisans du retour à une supposée loi du marché dont on se serait peu à peu écarté, prescrivant alors des baisses de salaires, et divers courants favorables à la relance de l'activité, voire au contrôle des investissements. L'avènement du keynésianisme, frontalement opposé à la déflation salariale, marque l'irruption des déterminants macroéconomiques dans l'analyse dominante de l'emploi.
• Les limites du circuit keynésien
Il convient de distinguer ici deux Keynes. Le premier, le plus connu, raisonne en termes de circuit d'ensemble, sur lequel une baisse généralisée des salaires induit un effet dépressif cumulatif : la contraction du pouvoir d'achat des salariés entraîne la contraction des débouchés et donc, loin de restaurer l'emploi, ne peut qu'aggraver le chômage. D'une part, les salariés sont soumis à l'« illusion nominale » (ils n'apprécient pas nettement les gains en pouvoir d'achat de leurs salaires dans des contextes de variation des prix, ils se contentent de refuser les baisses nominales et de rechercher des hausses nominales) et cela empêche de tracer les courbes d'offre traditionnelle. D'autre part, la demande issue des entreprises dépend du bouclage macroéconomique, ce qui empêche le raisonnement microéconomique élémentaire de se tenir. Le mouvement de l'analyse consiste à réinsérer le marché du travail dans les interactions globales de l'économie : l'emploi devient ainsi un marché sous influence. Selon ces thèses célèbres, il dépend de la « demande effective », c'est-à-dire des prévisions de débouchés effectuées par les entrepreneurs. Pessimistes, ces derniers embaucheront peu, et les faibles débouchés ainsi créés les confirmeront dans […]
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