2. L'emploi-marchandise
• Le schéma du marché
Une des premières pistes explorées par les théoriciens a consisté à appliquer aux transactions entre employeurs et employés les outils intellectuels forgés pour les échanges de marché. On parle ainsi du « marché du travail », expression devenue courante et qui n'est pourtant pas si évidente. Ce qui caractérise, en effet, les relations de marché, c'est, pour un produit donné, l'établissement d'un prix par la confrontation des offres et des demandes. Si l'existence d'offreurs de travail (les candidats salariés) et de demandeurs (les candidats employeurs) est une évidence, le produit échangé est, quant à lui, susceptible de bien des variations : outre les multiples qualifications des travailleurs et la grande variété des tâches, il est aisé d'observer que le travail est, en quelque sorte, créé chaque jour que travaille l'employé. L'établissement du prix est plus problématique encore. En effet, les contrats de travail sont signés pour une certaine durée, et c'est une absurde renégociation quotidienne qui se rapprocherait le mieux de ce qu'est un marché au sens strict !
Cependant, nombreux sont les théoriciens, parmi lesquels se détachent les noms des Britanniques Alfred Marshall (1900) et Lionel Robbins (1930), qui ont jugé que les avantages du recours aux schémas usuels d'analyse des marchés étaient très supérieurs à ses inconvénients, en posant que les marchés du travail sont particuliers, et surtout plus lents que les autres marchés puisqu'une écrasante majorité de contrats en cours coexiste avec les transactions du jour.
Le travail est alors une marchandise presque comme les autres. Elle est offerte par les personnes qui disposent de temps libre et souhaitent y renoncer pour se procurer un salaire, c'est-à-dire d'autres marchandises. Elle est demandée par les entreprises qui recherchent des facteurs de production, les combinent entre eux pour obtenir un produit et un profit à l'issue de sa vente.
Moyennant une série de simplifica […]
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