En 1969, la Nouvelle Vague est déjà loin. Éric Rohmer (1920-2010), chef de file des « jeunes turcs » des Cahiers du cinéma, a totalement manqué son entrée dans la carrière de réalisateur avec un film très personnel, Le Signe du lion (1962), qui n'est distribué que confidentiellement dans les ciné-clubs. Ancien professeur de lycée, il est contraint de se replier sur la télévision scolaire et réalise des émissions pédagogiques sur de grands écrivains comme Pascal et La Bruyère. Mais il ne renonce pas à la fiction et commence en 1962 à tourner ses premiers Contes moraux en 16 mm avec une caméra d'amateur (La Boulangère de Monceau et La Carrière de Suzanne). Le troisième conte, La Collectionneuse (1967), réalisé avec peu de moyens (une seule prise par plan) mais en couleurs, sur la Côte d'Azur, lui vaut un succès d'estime dans le circuit art et essai, grâce aux charmes de la jeune Haydée Politoff.
Il attend ensuite deux années que l'acteur Jean-Louis Trintignant soit enfin disponible pour lui confier le rôle de l'ingénieur catholique tenté par la belle femme brune et libre qu'incarne Françoise Fabian.
1. Le pari de Pascal
Un ingénieur, qui travaille aux usines Michelin, revient d'Amérique latine à Clermont-Ferrand. Il est célibataire, beau garçon et catholique. Lors de l'office dominical, dans la cathédrale, il remarque une jeune femme blonde et annonce, en voix intérieure, qu'elle sera sa femme.
Dans une librairie où il achète un exemplaire des Pensées de Pascal, il rencontre un ancien camarade, Vidal, professeur de philosophie avec lequel il discute du pari et de la manière dont celui-ci détermine sa vie. Vidal le convainc de l'accompagner chez son ex-maîtresse, Maud, une belle femme brune, récemment divorcée. Vidal quitte ses deux amis en fin de soirée et laisse l'ingénieur aux prises avec Maud. Ils vont passer la nuit ensemble, à discuter de désir, de fidélité, de grâce, de prédestination, de mariage, etc. Ils vont dormir côte à côte dans le même lit, mais en resteront là.
Le lend […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 1 page…



