2. M, un film remarquable et dérangeant
Le film offre d'abord le portrait très réaliste d'une métropole européenne au début des années 1930. Fritz Lang décrit minutieusement l'appareil d'État de la République de Weimar, le ministère de l'Intérieur et la Préfecture de police avec son débonnaire commissaire Karl Lohman et ses collaborateurs maniaques. Il y a ensuite la société parallèle des truands avec ses « syndicats », ceux des cambrioleurs, des faussaires, des proxénètes. Mais cette pègre est tout aussi organisée que la société officielle. Elle gère « la bourse des saucisses » et la soupe populaire. Le film présente, plus globalement, la population berlinoise et ses classes sociales : les cadres de l'État, les grands et les petits bourgeois, les commerçants, les mères de famille et les filles de rue. Enfin, il y a un assassin psychopathe, mais un assassin qui ressemble à Monsieur tout le monde. Peter Lorre incarne un Hans Beckert, timide et réservé. Il n'a rien des apparences du tueur en série.
Cette description d'une société au bord de la crise est servie par un mode narratif d'une extraordinaire virtuosité. Le film ne joue pas vraiment sur la surprise. La silhouette et l'identité sonore du meurtrier, son sifflement, sont livrées dès le départ. Mais le récit va cependant dévoiler son visage progressivement par un subtil dosage d'apparition et de dissimulation. Le principe général du scénario est fondé sur un montage parallèle qui entrelace les actions de la police et celles de la pègre organisée autour de son chef. Ce parallélisme est d'abord strict, lorsqu'on voit les réunions des uns et des autres constatant leur impuissance. Puis, il s'achève lorsque les truands envahissent l'immeuble et kidnappent le meurtrier.
Fritz Lang oppose donc deux stratégies d'enquêtes, deux méthodes. Il confronte aussi le crime organisé à la pathologie monstrueuse. Par là même, il pose le problème des limites de la psychiatrie et de la responsabilité individuelle et collective.
La force du film ti […]
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