2. Lumières et transparences : les traces du réel
L'année 1911 marque une étape fondamentale dans la carrière de Feininger. Pendant un séjour parisien, de 1906 à 1908, il avait déjà pris connaissance des recherches cubistes. Après 1911, il oriente définitivement sa démarche en devenant l'ami de Robert Delaunay, et certaines de ses peintures de l'époque montrent clairement la dette contractée avec lui et avec Jacques Villon. Dans Le Pont (1913, Washington University, Saint Louis, Missouri), le peintre manifeste une tendance picturale voisine de la « déformation constructive » des peintres adeptes du nombre d'or. Les couleurs sont vives et saturées, proches de celles des expressionnistes allemands, mais les éléments naturels et architecturaux sont traités en guise de structures se démultipliant en rythmes clairs et transparents. L'interpénétration – d'origine cézanienne – qu'il établit entre l'atmosphère et les éléments figuratifs qu'elle contient ne se manifeste pas au détriment de la forme.
Cette dernière demeure stable et douée d'une remarquable transparence, ce qui permet à la lumière de traverser toutes les facettes géométrisantes de la composition. En 1913, Franz Marc invite l'artiste à exposer au Salon d'automne du Blaue Reiter. Mais l'approche de Feininger diffère de celle des expressionnistes allemands par l'utilisation spécifique qu'il fait de la couleur et des transparences, et par sa volonté de dématérialiser les formes. Il pensait que « ... la différence entre le matériel et le spirituel n'a plus aucun sens... ». Si les formes qui apparaissent dans les peintures de cette époque gardent certaines traces du réel, elles semblent surgir subitement dans l'espace, car il n'y a plus ici ni premier plan, ni plans intermédiaires, la ligne d'horizon s'effaçant elle aussi. Les pleins et les vides acquièrent le même statut, la lumière seule semble gérer et structurer l'image. Les formes et les architectures, qui apparaissent souvent dans les paysages de cette époque, ne d […]
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