2. Les aléas de la métropole
Depuis qu'Agrippa dessina le réseau des voies romaines en étoile autour de Lugdunum (ier siècle avant J.-C.), la ville fut destinée aux échanges commerciaux et au grand négoce. Mais cette vocation fut contrariée par deux autres traits géopolitiques majeurs : l'absence d'un arrière-pays rural sous sa domination (Lyon ne fut jamais vraiment la capitale d'une province d'Ancien Régime), et l'absolutisme centralisateur des rois de France, dont cette ville de frontière avec l'Empire fut une « victime » précoce. Si l'on excepte les temps lointains de la capitale des Gaules, la période économiquement la plus faste fut la Renaissance, lorsque Lyon est la place marchande où tous les produits du monde (soies, épices, etc.) ainsi que les capitaux étrangers entrent en France, et où tous les produits français (draps, toiles) se vendent. À cette fortune de l'échange marchand se mêlent les stimulations intellectuelles de l'imprimerie (413 imprimeurs en 1548) qui font de Lyon un grand foyer culturel : Rabelais, Étienne Dolet, Antoine de Baïf y séjournent, ainsi que Louise Labé, Maurice Scève, Philibert Delorme. Aux temps troublés des guerres de Religion succède la montée de l'absolutisme royal qui empêche Lyon de connaître le destin des villes européennes comparables (Francfort, Milan, Amsterdam).
Le succès économique revient avec l'industrie de la soie, directement liée au négoce international, dans la première moitié du xixe siècle (de 18 000 métiers à tisser en 1815 on passe à 105 000 en 1876) et qui entraîne une exceptionnelle accumulation de capital. Celle-ci permit ensuite le développement de nouvelles filières : charbons de Saint-Étienne, sidérurgie du Gier, puis industrie chimique. Après la crise des années 1880, l'industrie connaît une nouvelle diversification autour de l'invention de la soie artificielle (Gillet, puis Rhodiacéta), la mécanique, la chimie (Rhône-Poulenc) et la pharmacie.
Au tournant du xxe siècle, Lyon est à la fois le lieu où se tourna le premier film de cinéma […]
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