2. Une économie des plaisirs ?
Au-delà des condamnations d'origine religieuse, au travers des vices et de la démesure pointés par la foi chrétienne, le luxe n'a cessé d'être l'objet de polémiques dans la mesure où il induirait une orientation économique, un mode d'existence sociale et esthétique. Au reste, tout du long du xviiie siècle, les débats entre les partisans du luxe – lequel, selon Mandeville ou Smith, contribuerait à la richesse des nations, à faciliter la circulation monétaire, à adoucir les mœurs, aux progrès de la connaissance et des beaux-arts, ou encore à augmenter la puissance des nations et le bonheur des citoyens – et ses détracteurs – qui y voient, tel Rousseau, une source d'inégalités, de disproportion de richesses, de sacrifice des arts utiles au bénéfice des arts agréables, d'amollissement du courage, d'extinction de l'amour de la patrie et de l'honneur – mettent en évidence un mouvement d'oscillation entre des formes polarisées de valeurs économique, sociale, esthétique et morale.
Or l'émergence des valeurs du capitalisme allait œuvrer, avec La Théorie des sentiments moraux d'Adam Smith, à la légitimation du luxe et plus largement du commerce, au nom d'un bien-être et d'un confort étroitement solidaires de la richesse matérielle. Avec l'essor de la bourgeoisie industrielle, le luxe devenait moins une affaire d'obligation de représentation conformément à un rang, comme c'était déjà le cas avec l'aristocratie, que de richesse et de jouissances en fonction de moyens économiques donnés. À la veille de la révolution industrielle, les apologistes du luxe y voient l'opportunité d'une économie des plaisirs qui, en sacrifiant les besoins au superflu, contribue significativement au progrès de la civilisation.
Loin d'appartenir au passé, le caractère polémique du luxe reste contemporain. Il se manifeste à nouveau dans les années 1960 et 1970, avec la critique de la société du spectacle (Guy Debord) et de la société de consommation (Jean Baudrillard), à traver […]
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