Luis Miguel Dominguín fut à coup sûr l'un des plus grands toreros du xxe siècle. Ceux-là mêmes qui jugeaient son style froid, son art plus dominateur que sensible, son personnage trop théâtral ne pouvaient nier son incomparable maîtrise dans l'arène, la richesse de sa personnalité, et le lustre que lui conférèrent son amitié pour Picasso, ses amours romanesques et quelques écrits ou propos judicieux.
Né à Madrid le 9 décembre 1925, Luis Miguel González Lucas, fils d'un torero assez obscur qui lui légua son pseudonyme, comme à ses deux autres fils, est sacré matador de toros en 1944 et ne fait ses adieux que trente ans plus tard, à Quito. Il a entre-temps connu tous les triomphes, été souvent reçu par le général Franco – bien que son frère Domingo fût un membre notoire du Parti communiste espagnol –, fréquenté Jean Cocteau et Pablo Picasso, séduit quelques grandes stars comme Ava Gardner, épousé l'actrice italienne Lucia Bosè, et marqué la tauromachie de son empreinte.
Performance d'autant plus méritoire que sa carrière s'inscrit entre celles de deux maestros incomparables, Manolete, dont la mort fit de Luis Miguel le chef de file de la
