L'écrivain espagnol Luis Martín Santos, mort prématurément, a peu publié. Mais son œuvre tranche sur la production assez terne de l'Espagne d'après-guerre. Esprit curieux et original, doté d'une très grande culture, médecin psychiatre de son métier, il a été un des rares à échapper au néo-réalisme banal et démodé dans lequel tendait à s'enliser la littérature narrative de son pays depuis l'installation du franquisme.
Martín Santos a écrit un roman, Les Demeures du silence (Tiempo de silencio, 1962) et quelques courts mélanges intitulés Apologues (Apólogos, 1970) ; onze ans après sa mort, un deuxième roman, Temps de destruction (Tiempo de destrucción, 1975), a été publié inachevé, encore que très avancé dans sa rédaction. Il est également auteur d'ouvrages de psychiatrie et psychanalyse : Dilthey, Jaspers et la compréhension du malade mental (Dilthey, Jaspers y la comprensión del enfermo mental, 1955) et Liberté, temporalité et transfert dans la psychanalyse existentielle (Libertad, temporalidad y transferencia en el psicoanálisis existencial, 1964).
Ses deux romans racontent l'expérience malheureuse d'un intellectuel se heurtant à une société qui le renvoie fatalement au silence et à la destruction. C'est, bien sûr, son propre sentiment d'échec qu'exprime ainsi l'auteur ; mais ce que vivent ses personnages est également symbolique des frustrations et des impuissances de la plupart des jeunes intellectuels espagnols au lendemain de la guerre civile. En même temps, l'œuvre littéraire de Martín Santos est une satire sarcastique de l'Espagne contemporaine. On a notamment comparé Les Demeures du silence au roman picaresque du Siècle d'Or où un « anti-héros » parcourt toutes les classes sociales pour en donner une image critique. Martín Santos nous fait ainsi connaître l'enfer du bidonville et de la maison close, l'atmosphère médiocre et étouffante de la pension de famille, le vide intellectuel et moral des salons bourgeois. Il s'agit aussi de désacraliser les mythes d'une Espagne […]
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