4. L'intuition lyrique
La poésie est, pour Luis de León, « un souffle céleste et divin » ; elle opère une véritable catharsis esthétique et nous élève à la transcendance. L'intuition de la nature (œuvre de Dieu) est frappante dans l'Ode à la vie de retraite, dans l'Ode à Felipe Ruiz (un De natura rerum en petit, mais ouvert sur l'Absolu), dans toutes ces liras, strophes à cinq vers que personne auparavant n'avait utilisées pour des sujets métaphysiques ou mystiques. Le sens du nocturne est ici capital (Nuit sereine) ; de même, la dilection pour la musique (Ode à Salinas, le professeur de musique, aveugle) capable de nous hausser au divin sous l'effet de ses rythmes et de ses nombres, comme chez Pythagore. Les poèmes proprement religieux (comme l'Ascension, l'Ode à Notre-Dame, Demeure du Ciel ) exhalent une aspiration invincible à l'Au-delà et au bonheur éternel.
« Le plus philosophe de nos mystiques et le plus mystique de nos philosophes », dit C. Muiños Saenz, en parlant de Luis de León. De fait, la culture profane, l'ascétisme et le haut mysticisme s'unissent chez lui dans un éclectisme supérieur, qui n'est pas syncrétisme, mais plutôt fécondation de la philologie humaniste par le christocentrisme ; raisonnable et inspiré à la fois, cet esprit libre, « à la nuque raide » (M. Legendre), a su unir fougue et modération dans une vision du monde aussi platonicienne qu'aristotélicienne, illuminée par la Bible.
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