8. Après Beethoven
La musique de Beethoven est trop identique à la personnalité de son créateur pour faire école ou souffrir qu'on la copie. Personne, après Beethoven, ne pourra plus écrire comme avant lui. Son œuvre tranche l'histoire de la musique comme la prise de la Bastille tranche l'histoire politique. Avant, c'est l'Ancien Régime, mais après ? Après, ce n'est pas plus le règne indiscuté de Beethoven que la victoire définitive de la Révolution.
En réalité, la musique de Beethoven ne se distingue pas moins de celle de ses successeurs immédiats que de celle de ses plus proches devanciers. Les musiciens romantiques feront profession d'idolâtrer Beethoven. Ils lutteront vaillamment pour la diffusion de son œuvre. Ils achèveront la déroute de toute musique, de tout art, qui ne veut être qu'un divertissement de bonne société. Ils renoueront plus étroitement les liens de la musique avec le chant populaire, dans la ligne même de la recherche beethovénienne. Surtout, ils recevront de Beethoven le souci de penser leur création et leur existence tout ensemble, comme le besoin d'exprimer la durée psychologique.
Mais leur impressionnisme émotif se détournera de la dialectique beethovénienne, de la forte et souple unité de l'œuvre. Et leurs nostalgies idéalistes, leurs passivités mélancoliques les conduiront aux antipodes de cet optimisme héroïque, de cet élan actif de victoire, de ce libre corps à corps avec la joie qui caractérisent les rythmes de Beethoven.
Il serait passionnant de retracer l'histoire des biographies successives de Beethoven ; il serait tout aussi passionnant de retracer l'histoire des appréciations portées sur son œuvre. L'œuvre de Beethoven n'a jamais joui d'une gloire tranquille, du moins auprès des techniciens et des critiques. Il faut noter l'existence, quasi permanente, bien que de forme variée, d'une opposition à Beethoven parmi les professionnels de la musique et ceux qui se disent les « vrais » musiciens. Cette opposition ne vise certes pas son génie, […]
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