3. L'envers de la surdité
Un certain nombre de facteurs extérieurs expliquent cette évolution. Il faut sans doute mentionner d'abord une surdité croissante. Beethoven a commencé à souffrir de ce mal dès l'âge de vingt-six ans. On a souvent expliqué par là l'isolement volontaire qui a préservé Beethoven des influences, de la facilité ambiante, mais l'a incité à des hardiesses techniques incontrôlables, l'obligeant presque, à défaut de toute expérimentation sonore, à faire de sa musique une science abstraite. La part de vérité qui entre dans ces vues paraît moins déterminante qu'on ne l'a prétendu. Il est permis de se demander, à la suite de Romain Rolland, dans quelle mesure la surdité n'a pas agi comme un stimulant de la création beethovénienne, si paradoxal que cela puisse paraître.
Un médecin, le docteur Marage, après avoir établi un diagnostic sur la nature exacte de la surdité de Beethoven, fait une remarque d'extrême importance : « Si Beethoven avait été atteint d'otite scléreuse, c'est-à-dire s'il avait été plongé dans le noir acoustique, intus et extra [absence de toute sensation auditive], il est probable, pour ne pas dire certain, qu'il n'aurait écrit aucune de ses œuvres à partir de 1801 [...]. Mais sa surdité, d'origine labyrinthique, présentait cela de particulier que, si elle le retranchait du monde extérieur, elle avait l'avantage de maintenir ses centres auditifs dans un état constant d'excitation, en produisant des vibrations musicales et des bourdonnements qu'il percevait parfois avec tant d'intensité [...]. Si elle avait supprimé les vibrations extérieures, elle avait augmenté les bruits intérieurs. »
Autre facteur d'évolution : la surdité contraint Beethoven à abandonner la carrière de virtuose. Le danger de la virtuosité, c'est d'abord la recherche du trait brillant et difficile qui met l'exécutant en valeur. Or il est clair que l'œuvre de Beethoven s'est très vite épurée : pour s'en tenir au genre musical où la virtuosité tient la plus grande place, que l'on compare […]
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