De son vrai nom Löb Baruch, Börne est né dans le ghetto de Francfort-sur-le-Main : on comprend par là son admiration pour l'œuvre d'émancipation de la Révolution française. Héritier de l'Aufklärung, admirateur de Lessing et de Jean-Paul, Börne est l'un des premiers journalistes patriotes et républicains allemands. On a exagéré ses démêlés avec Henri Heine, son cadet de onze ans, dont il partageait les idées libérales avancées. Mais, contrairement à Heine, il a uniquement consacré sa plume à la lutte politique. Critique de théâtre apprécié, éditeur et collaborateur de nombreux journaux, Börne a dû émigrer en France en 1830, mais il est resté convaincu que les Allemands étaient capables de faire eux aussi leur révolution. Ses Lettres de Paris (1832-1834) constituent son œuvre la plus durable. Il y fustige les princes, les philistins, les aristocrates et l'Église. Au milieu des cent mille réfugiés étrangers qui vivent alors à Paris, il déploie son talent de polémiste au seul bénéfice de la lutte politique. Dans son dernier écrit, Menzel, le dévoreur de Français (Menzel, der Franzosenfresser, 1837), Börne s'oppose au chauvinisme petit-bourgeois qui était en train de se développer en Allemagne.
Marie-Claude DESHAYES
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