Les périodes de guerre civile engendrent toujours des hommes dénués de scrupules et prêts à profiter de toutes les situations. La République romaine, au milieu du ~ ier siècle, n'échappe pas à cette loi et sécrète pour sa propre ruine Lucius Sergius Catilina, célèbre surtout pour sa conspiration de ~ 63, déjouée par Cicéron et racontée par Salluste. Catilina n'a pas attendu l'année ~ 63 pour commencer une carrière d'escroc et d'assassin. Issu d'une vieille famille patricienne, il appartient à la jeunesse dorée de Rome. Excellent meneur d'hommes, il rassemble autour de lui de jeunes nobles oisifs et endettés et profite de la guerre civile sous Sylla pour se faire la main, en tuant sa première femme et son fils et en faisant la chasse aux partisans de Marius. Mais il a d'autres ambitions, de caractère politique. Dans un premier temps, il pense accéder au consulat par les voies légales en franchissant les étapes du cursus honorum.
Propréteur en la province d'Afrique en ~ 68, il se signale par ses rapines. Accusé de malversations criminelles, il est absous sous la pression de ses partisans qu'il recrute à présent parmi les chômeurs de la plèbe urbaine. Il subit deux échecs aux élections pour le consulat en ~ 64 et en ~ 63. Il ne lui reste plus que la voie de l'illégalité pour parvenir à la première magistrature de la République romaine. Manipulé, de la coulisse, par César qui n'encourage ses projets que pour mieux affaiblir le régime, Catilina prépare avec soin un complot contre Cicéron, consul de l'année ~ 63. L'orateur, qui sait qu'on veut attenter à sa vie, prononce de novembre ~ 63 à janvier ~ 62 les quatre Catilinaires dans lesquelles, mêlant l'emphase et la menace, il exhorte les sénateurs terrorisés à prendre leurs responsabilités. Il échappe au couteau des conjurés ; Catilina s'enfuit. Ses complices sont arrêtés, puis étranglés dans le Tullianum sur l'ordre de Cicéron qui pense avoir sauvé la République. Annonçant la fin des conjurés, Cicéron prononce simplement cette phrase laconique : « Vixerunt » (« Ils ont vécu »). Catilina devait périr le 6 janvier ~ 62 à la tête d'une armée composée de ses derniers partisans. Autour de Catilina, homme de main ténébreux dans un État en décomposition, se meuvent partisans et adversaires de la République, sénateurs et plébéiens, patriciens et démagogues, légalistes et illégalistes ; son succès, fût-il éphémère, est un des signes avant-coureurs d'une guerre civile qui menace.
Joël SCHMIDT
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