3. La danse en miroir
Ce miroitement, dû à la démultiplication de l'image par fragmentation trouvera son aboutissement en 1979 avec Dance. Cette pièce, qui dure une nuit entière et sera recréée pour la Biennale de danse de Lyon en 1990 avant d'être donnée au Théâtre de la Ville l'année suivante, allie une partition de Phil Glass, un des pionniers de la musique répétitive et, un film projeté sur des tissus flottants de Sol LeWitt. Ce film n'est autre que la pièce de Childs reprise sous différents angles, tant et si bien que le spectateur a l'impression étrange de regarder simultanément la même danse sous deux angles différents. L'œuvre, emblématique de la chorégraphe, forme une sorte de géométrie variable à la luxueuse texture, claire et analytique mais réfractée, tout en éclats, qui trouble le spectateur et pervertit sa perception par glissements progressifs et allitérations d'un même mouvement. L'espace est travaillé par une multiplicité de plans, chaque moment est un instantané.
Avec Dance, Lucinda Childs revient à une écriture complice avec la musique. Cette complicité sera accrue grâce à la rencontre avec Elisabeth Chojnacka, claveciniste de génie qui deviendra en 1991 directrice musicale de la compagnie. Ensemble, elles créeront, souvent en France, des pièces exceptionnelles : Concerto (mus. Gorecki, 1993), Kengir (mus. F.-B. Mâche, 1995), From the White Edge of Phrygia (mus. S. Montague, 1995) et Commencement (mus. Z. Krause, 1995). Après de nombreux prix et distinctions, Lucinda Childs est élevée officier dans l'ordre des Arts et Lettres en 1996.
Dans ses créations suivantes, elle introduit dans son vocabulaire chorégraphique des phrases gestuelles issues d'un certain classicisme, retournant à des mouvements plus brillants, plus élaborés techniquement. Variété de variété (Théâtre de la Ville, 2000) sur des extraits de Mauricio Kagel ou Description (of a description), dont la première eut lieu au festival Montpellier-Danse la même année, laissent poindre une toute nouvelle sensualité dans cette danse si épurée : un sourire flotte sur les lèvres tandis qu'un pas de claquettes et un roulement de hanches égaillent une danse souveraine.
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