L'historien moderniste Lucien Febvre occupe dans l'historiographie française une place qui déborde largement sa seule spécialité. C'est en tant que fondateur, avec le médiéviste Marc Bloch, des Annales d'histoire économique et sociale, revue, mouvement puis école, qu'il a marqué la discipline historique. Convaincu que l'histoire ne peut se limiter à « l'histoire bataille », c'est-à-dire l'histoire événementielle pratiquée par l'école méthodique, il prône, d'une part, l'ouverture vers les autres sciences sociales (géographie, sociologie et économie notamment), et, d'autre part, la nécessité d'une histoire-problème, dont le questionnement permet de relier passé et présent. Il est à l'origine de cet « esprit des Annales » qui a soufflé sur les historiens tout au long du xxe siècle.
1. Pour une « histoire totale »
Né à Nancy, le 22 juillet 1878, Lucien Febvre était lorrain d'adoption, mais comtois passionné : « Nous ne sommes point, Comtois, des conformistes. Courbet ne l'était guère [...] ni Pasteur [...] ni Proudhon. » Dans sa chère propriété du Souget où il mourut, on le trouvait le sécateur à la main. Au propre comme au figuré, l'attitude est valable, avec la solide carrure et la lucidité du regard. De famille universitaire, normalien (1898), diplômé d'études supérieures à la fin de 1901 (La Contre-Réforme en Franche-Comté et son histoire de 1567 à 1575), en attendant, outre les thèses, La Franche-Comté (Les Régions de la France, 1905) et l'Histoire de la Franche-Comté (1912). « Nos maîtres n'étaient ni Lavisse ni Seignobos », et non plus Charles Victor Langlois et Aulard. Il admirait surtout Vidal de La Blache, évitait soigneusement Émile Bourgeois. Ses amis sont alors des linguistes et des orientalistes, des psychologues et des médecins, des géographes et des germanistes. Michelet l'enchante et Stendhal le passionne. En 1898 apparaît L'Année sociologique ; en 1900, Henri Berr fonde la Revue de synthèse historique (Febvre y écrit dès 1906). Pensionnaire de la fondation Thiers (1903-1907), il soutient ses th […]
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