3. Les traits d'un génie
« Je suis un homme qui hait les fanfarons et les charlatans, qui déteste les mensonges et les hâbleries, qui a en horreur tous les coquins [...]. Or, il y en a beaucoup, comme vous savez [...]. Oui, j'aime ce qui est vrai, ce qui est beau, ce qui est simple, en un mot tout ce qui mérite d'être aimé. Seulement, je dois avouer qu'il y a peu de gens auxquels je puisse faire l'application de cet art » (Pêcheur, Ἁλιεὺς). En fin de compte, tout semble être question de nombre : Lucien se place à distance suffisante de la foule, contre tous ceux qui, victimes de leur crédulité ou de leur bassesse, se dupent eux-mêmes, se nourrissent d'illusions et manquent à leurs principes. Sa mission sera de démasquer tous les charlatanismes, de démolir tous les préjugés, de détruire toutes les chimères. Un moraliste révolté par le spectacle de la bêtise humaine ? Sans doute. Mais aussi un satirique complaisant, un dilettante raffiné, un exhibitionniste de sa fine intelligence.
On a beaucoup parlé de sa morale négative et de son manque de véritable idéal. La Souda n'hésita pas à lui jeter l'anathème pour son athéisme en général et pour son antichristianisme en particulier. C'est trop demander. En vérité, Lucien fut un piètre philosophe ; habile compilateur d'idées plus ou moins empruntées, il s'en tint à l'épicurisme, tout en subissant l'influence de certains cyniques. On chercherait vainement dans ses écrits une pensée profonde ou originale : pour lui, le mal n'existe sur la terre qu'à cause des charlatans et des imbéciles, c'est presque tout. Comment, rivé aux apparences, pourrait-il voir dans le christianisme les signes d'une transformation sociale plutôt que ceux d'une nouvelle duperie ?
Son mérite est ailleurs, dans le bouleversement des formes littéraires et la création de nouveaux genres. Artiste plutôt que penseur, Lucien sut fondre l'ancienne comédie avec les dialogues des philosophes socratiques (les satires perdues du cynique Ménippe doivent y être pour beaucoup), en combinan […]
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