2. Un vrai ténor populaire
Pavarotti est désormais célèbre et les plus grandes scènes s'enorgueillissent de l'accueillir. Ses talents de comédien sont limités, mais la splendeur de sa voix balaie toutes les réticences. Dès le début, les comparaisons vont bon train, et le nom de Caruso revient fréquemment sous la plume des critiques.
À ses qualités purement vocales et à sa musicalité innée (car, il ne s'en cache pas, il ne sait pas lire la musique), il joint une prudence méritoire, ne force jamais ses moyens, et se borne la plupart du temps au répertoire italien. Dans des récitals, il se risque à un air du Faust de Gounod, à l'« air de la fleur » de la Carmen de Bizet, mais, s'il a longtemps promis un Werther de Massenet, il ne s'aventurera jamais dans l'opéra français. Parmi ses regrets, deux rôles : celui de Don Alvaro dans La Force du destin de Verdi, et le rôle-titre de Lohengrin de Wagner – sans doute eût-il été un Chevalier au cygne lumineux. Ses incursions dans Mozart (Idamante d'Idomeneo en 1964 à Glyndebourne puis, bien plus tard, en 1982, le rôle-titre du même opéra, dans la production de Jean-Pierre Ponnelle au Metropolitan Opera et à Salzbourg), son goût pour le bel canto (Arturo des Puritains de Bellini, Fernando dans la version italienne de La Favorite de Donizetti), son amour de Verdi (Rodolfo de Luisa Miller, Riccardo du Bal masqué, Manrico du Trouvère) et de Puccini ne l'empêchent pas d'attendre et de n'aborder que progressivement des emplois plus lourds, comme Cavaradossi de Tosca (1976), Calaf de Turandot (1977) et Radamès d'Aïda (1981). Ce n'est qu'en 1991, à cinquante-six ans, qu'il ose Otello, et pour quelques concerts seulement, à Chicago et à New York, sous la baguette de Georg Solti ; il en souligne les côtés les plus lyriques et, avec les moyens qui lui sont propres, finit par livrer une incarnation émouvante et personnelle. En 2004, il fait ses adieux à la scène, au Metropolitan, en Cavaradossi.
Ténor adulé, Pavarotti a réussi à franchir le cercle des mél […]
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