À un critique français qui lui posait (vers les années 1950) la sempiternelle question : « Êtes-vous un cinéaste néo-réaliste ? », Luciano Emmer répondit : « Naturellement, je le suis. Nous le sommes tous en Italie. Le néo-réalisme est notre marque de fabrique. » Boutade, sans doute, mais significative du ton à la fois satirique et bon enfant adopté par ce réalisateur né à Milan, qui ne « fit » guère du néo-réalisme que par accident. En d'autres temps, il eût tourné des comédies légères, dans le style de Mario Camerini. Ses meilleurs films, Dimanche d'août (Domenica d'agosto, 1949), à la tonalité presque documentaire, Paris sera toujours Paris (1951), Les Fiancés de Rome (Le Ragazze di piazza di Spagna, 1952), se signalent par un rythme alerte, une gentillesse sans mièvrerie, un humanisme souriant. Pas de dramatisation excessive, pas de message social ni, a fortiori, politique, pas de recherches formelles. Rien que les petits événements de la vie quotidienne de gens simples, croqués par un observateur malicieux. La Fille dans la vitrine (La Ragazza in vetrina, 1961) est ainsi une peinture des ouvriers émigrés en Belg […]
