3. Réinventer la tradition de la peinture
Les nombreux autoportraits qui jalonnent la carrière de Lucian Freud constituent bien plus qu'un simple exercice d'introspection. Ils constituent, ainsi que le prouve notamment l'autoportrait nu Painter working, Reflection (1993, collection particulière), de véritables manifestes de la peinture comme travail, comme ambition plastique inscrite dans une histoire. Freud a de manière générale le souci de lier ses créations modernes à la tradition de la peinture occidentale ; il manie la brosse avec la brutalité d'un Frans Hals, évoque directement le Pierrot content de Watteau (1712) dans Grand Intérieur W. 11 (1981-1983, collection particulière) ou fait en maints détails de son œuvre référence à Rubens, Corrège et beaucoup d'autres. En 2002, l'année même de son importante rétrospective à la Tate Gallery, l'artiste a été choisi pour sélectionner les œuvres de l'exposition Constable au Grand Palais à Paris, dont il a su mettre en valeur avec originalité l'art de portraitiste et la manière, subtile et spontanée, d'utiliser l'aquarelle et l'huile. La toile D'après Cézanne (2000, National Gallery of Australia), libre réinterprétation du tableau de Cézanne L'Après-midi à Naples (1870-1875) qui figure dans sa collection personnelle, atteste avec éclat l'importance de ce rapport, savant et inventif, à de grands maîtres. La composition présente deux femmes et un homme, associés en une scène énigmatique qui prend place dans un lieu de plaisir. Les jeux de regard et d'expression, le mode de figuration tourmentée des corps mettent surtout en lumière le malaise de l'homme d'aujourd'hui, perdu dans un univers apparemment dénué de sens et confronté à des questions sans réponse.
Ainsi, Lucian Freud s'affirme comme le peintre moderne de la figure humaine, dans la vérité de sa chair et dans son inquiétude existentielle.
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