Salué par Van Mander, en 1604, comme une merveille de la nature et déjà célébré dès le xvie siècle par Vasari, Lucas de Leyde (Lucas van Leyden) est un enfant précoce et prodige : il aurait gravé dès l'âge de quatorze ans (sa première gravure connue, L'Ivresse de Mahomet, date de 1508, et Van Mander, qui a interrogé le petit-fils de Lucas, fait naître ce dernier en 1494, date contestée par certains, qui préfèrent la reculer jusqu'en 1489). Lucas de Leyde est, de fait, l'un des tout premiers artistes néerlandais à avoir bénéficié d'une réputation internationale.
Élève de son père Hugo Jacobsz et surtout de Cornelis Engelbrechtsz, virtuose maniérant du gothique tardif qui lui donne ce goût des couleurs aiguës et des formes capricieuses, Lucas de Leyde fait à Anvers, en 1521, une mémorable rencontre avec Dürer, qui lui acheta tout son œuvre gravé — flatteur hommage d'un aîné qui l'avait déjà beaucoup marqué —, puis il visite les Pays-Bas du Sud en 1522 (plutôt qu'en 1527, date avancée par certains historiens) avec Gossaert, qui est dans la même ambiguïté stylistique, partagé entre l'expressionnisme débridé du gothique finissant et les nouveautés f […]
