4. Un merveilleux actuel et vivant
Il se trouve d'abord que, répondant à l'esprit de son temps, il est curieux des sciences en vogue : géographie, astronomie, ethnographie, physiologie, histoire naturelle, et particulièrement de magie, laquelle, dit Pline l'Ancien, « est du petit nombre des choses sur lesquelles il importe de s'étendre, ne serait-ce qu'à ce titre qu'étant le plus trompeur de tous les arts elle a eu par le monde, et en tous temps, le plus grand crédit ». De cette science « noble » et aussi, un peu, de la sorcellerie, Lucain subit l'attrait commun, ce qui nous vaut çà et là, et un peu pêle-mêle, quelques passages bien venus sur les prodiges, l'astrologie – qui était, on ne sait trop pourquoi, assez mal considérée à Rome –, et même sur la nécromancie (voir, par exemple au livre VI, les vers 719-760, un des plus beaux « morceaux » du genre). Dans tout cela Lucain trouve des sources de poésie, qui alimentent dans l'œuvre « un merveilleux actuel et vivant » (Jean Bayet), lequel fait songer à ce merveilleux scientifique, plus ou moins lié à la fiction, qu'ont recréé les formes modernes de l'épopée, littéraires ou cinématographiques.
Il fallait aussi, selon la norme essentielle du genre, installer un héros dans cette aventure : le poète donnera cet emploi, que ne pouvaient décemment remplir ni César ni Pompée, à Caton d'Utique, un Caton fortement idéalisé, représentant de toutes les vertus républicaines, en même temps que de la pensée stoïcienne alors toute-puissante.
Tout cela ne va pas, dans l'expression, sans nombre d'outrances et de boursouflures rhétoriques, sans surcharges d'imagination, qui frôlent souvent le baroque. Par moment, le récit apparaît obscur, fatigant, ennuyeux, mais par contre il atteint parfois au sublime, grâce aux dons de visionnaire que possède le poète, et à sa voix très personnelle, dont on ne saurait nier la chaleur et la portée pathétique.
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