2. Un climat d'épopée
Le genre épique est très ancien dans l'histoire des écrits latins. À l'exemple d'Homère, obéissant aussi aux leçons d'Aristote, qui plaçait l'épopée et le théâtre parmi les plus nobles manifestations littéraires, les premiers écrivains de Rome cultivent le genre épique : Livius Andronicus, traducteur de L'Odyssée en vers saturniens ; Naevius et Ennius, soucieux de créer une épopée nationale à la gloire de la ville, et dont les œuvres préfigurent L'Énéide de Virgile. L'épopée est un genre difficile parce qu'elle est à la fois, comme le souligne justement E. Fuzellier, un genre primitif et un genre total ; elle apparaît au début de toutes les littératures, étroitement liée à un patrimoine de mythes et de légendes, et met en jeu, outre la poésie avec tous ses aspects de dépaysement et de liberté, les formes diverses de la narration : historique, nationale, romancée, dramatique, oratoire. Virgile, son génie aidant, a victorieusement soutenu la gageure, encore que les dieux apparaissent comme un peu « plaqués » sur la trame de l'action. « Il est assez bizarre, écrit A. Bellessort, que les dieux nous gênent dans un poème dont le sentiment religieux est une des grandes beautés. » Mais le roman du Mantouan se développe dans les clairs-obscurs d'une époque lointaine, pénétrée d'étranges rites et de populaires adorations. Énée, tout civilisé qu'il est devenu, et, pour ainsi dire, accordé au siècle d'Auguste, demeure pourtant une figure de rêve. Nous sommes dans un climat d'épopée.
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